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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
tint à honneur d’obtenir quelqu’une de ces dignités, etcomme il fut permis de les rechercher aux hommes libreset même aux affranchis, la royauté se fit de nombreux par-tisans dans ces classes moyennes de la société. L’organisa-tion du droit féodal offrit aussi des ressources au pouvoirmonarchique. En vertu du principe que la royauté émanedirectement de Dieu, le souverain se regarda comme seulpropriétaire de tous les biens-fonds, et il les distribua auxguerriers qui le suivaient dans ses expéditions. Ainsi furentfondées la noblesse des armes et la noblesse de cour. Enéchange des terres qu’elles recevaient en viager, elles seconsacraient au service du roi. Les anciens possesseursd’allodes eurent beau se prévaloir du privilège en vertu du-quel ils ne devaient leur service qu’à l’armée de l’empire,Charles les obligea sous les peines les plus sévères à se ran-ger sous son drapeau au premier appel. D’ailleurs, l’impor-tance des biens-fonds déterminait celle du service militaire.Mais tout homme libre devant s’équiper à ses frais et subve-nir pendant trois mois à son entretien, la plupart d’entreeux n’eurent bientôt plus assez de fortune pour faire face àcette dépense; ils renoncèrent au métier des armes et tom-bèrent ainsi au rang de sujets. Un grand nombre, poursauver leurs terres, en firent hommage à des communautésreligieuses, dont ils devinrent les fermiers tributaires. D’unautre côté, le changement qui s’opéra dans la pratique desarmes exigeant un emploi plus fréquent du cheval et unexercice presque continuel, éloigna encore beaucoupd'hommes libres des champs de bataille, et bientôt laguerre devint l’apanage exclusif de la noblesse, qui eutpour elle tous les privilèges, tandis que le peuple était ré-duit à une véritable servitude.
Pour fonder une monarchie aussi puissante, il fallait degrandes ressources financières. Charles en ajouta de nou-elles à celles qui déjà alimentaient son trésor. Les revenusdu roi se composaient du produit des domaines de la cou-