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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

quefois. Il a le droit de peindre les mœurs de chaque épo-que et, dans le cas présent, la description de ces coutumesgalantes nous édifie sur le vrai caractère de ce qu’on ap-pelle le bon vieux temps. J’y veux insister encore.

Une coutume féodale obligeait le vassal à suivre son su-zerain, lorsque celui-ci allait se mettre au lit, et à attendrequ’il fût couché. Le chevalier devait rendre le même soin àsa dame et l’aider à se déshabiller. En admettant que celle-ci n’eût point la mine provocante que nous avons indiquéeplus haut, il résultait cependant de cette situation unegrande intimité entre les deux personnages. Cette intimiténe franchit-elle jamais les bornes de la décence et du de-voir? Il n’y a rien à cela d’impossible et nous voyons dansla plupart des cas la maîtresse n’accorder à son cavalierque la faveur de lui baiser la main. Toutefois il ne fau-drait pas croire que toutes les femmes fussent aussi insen-sibles qu’Agnès de Méran ; ce n’est point calomnier leursmœurs que de supposer qu’il y en eut dont la vertu suc-comba sous l’influence des vins épicés, des pâtisseries quiaffectaient des formes voluptueuses, des coupes où étaientreprésentés des groupes lascifs et des statuettes de bronzeétalées sur la table des princes dans les attitudes les plutimpudiques. Ne dites point qu’une simplicité antique re-couvrait tout cela et défendait la pudeur, car cette prétenduesimplicité naïve dégénérait bien souvent en lubricité raffi-née, comme dans le cas où la dame permettait à son amantde passer la nuit dans ses bras, pourvu qu’il jurât de neprendre rien qu'un baiser. On a beau dire et croire, avec lafoi du charbonnier, que le vœu de continence écartaitcomme une épée nue les deux amants l’un de fautre : on nesaurait conserver cette illusion, dès qu’on lit les poèmes dela chevalerie. Ainsi l’un des plus renommés en France àcette époque, le Roman de la Rose qui est du douzième et