LA POÉSIE CHEVALERESQUE ROMANE
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nommée s’étendait aussi bien à l'Orient qu’en Occident etqui fut célébré par les Perses autant que par les Européens.La première partie de ce poème suit assez fidèlement le ré-cit historique de Quinte-Curce, mais dans la seconde nousvoyons Alexandre se préparer à conquérir le Paradis, cequi permet au poète de se lancer dans les aventures merveil-leuses et les inventions les plus idéales. Il a parfois d’heu-reuses rencontres et des accents d’une poésie élevée, parexemple dans la gracieuse description des amours de sonhéros avec les nymphes qui sortent du calice des fleurs etdisparaissent avec elles à l’automne, quand s’envolent lesfeuilles jaunies.
Ce mélange de faits historiques et de légendes fabuleuses,fréquent dans le poème d’Alexandre, se retrouve mêmedans celui du duc Ernest où la fidélité germanique estaffreusement défigurée par les inventions bizarres et fan-tasques que les croisés avaient rapportées d’Orient et par degrossières erreurs de géographie qui ne furent corrigéesqu’à la suite des découvertes des marins au quinzièmesiècle.
Un sentiment patriotique et l’amour des forêts nationalesrespirent dans les fragments que nous a laissés Henri Gli-tkeser; il est pourtant moins célèbre que Henri de Veldeck(1175-1190), auteur d’une Enéide où Virgile aurait eu de lapeine à reconnaître son œuvre, tant elle est chargée de cou-leurs nouvelles. Les faits y sont sacrifiés à la peinture de lapassion, et l'auteur y a si gracieusement représenté l’amourchevaleresque qu’il a servi de modèle en ce point à tout lemoyen âge : « Il greffa le premier, dit un de ses succes-seurs, sur nos livres allemands le rameau idéal d’où sorti-rent les branches fleuries qui inspirèrent les maîtres aprèslui. »
Pendant de longues années, l’Enéide de Veldeck jouitd’une grande popularité qu’elle méritait en partie pour lapureté du langage, l’harmonie des vers et l’élégance de