Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
139
JPEG-Download
 

l’église, la science, l’art et le théâtre

139

Cependant les examens étaient sérieux et le bonnet dedocteur plus difficile à obtenir que de nos jours. A Paris, ilfallait pendant douze heures, sans boire ni manger, soute-nir la thèse contre tout intervenant. Le sexe faible n’étaitpas exclu de ces tournois oratoires et la belle Gazzadini,reçue docteur à Bologne en 1236, fit un cours public de ju-risprudence devant un nombreux auditoire. Cette doctoresseportait des habits d'homme; elle avait deviné et devancél’ère des femmes émancipées.

Quatre branches principales constituaient l’enseignementdes Universités; la théologie, la dialectique, la jurispru-dence et la médecine, les deux premières tenues en tutellepar l’Église. Au douzième siècle, le droit commença à s’af-franchir du joug imposé en revenant avec Irnerius aux ins-titutes de Justinien, espèce de code bysantino-romain dontl’esprit était trop favorable à nos princes pour qu’ils n’enautorisassent pas l’enseignement. L’Église elle-même s’ac-commoda de ces lois romaines qui venaient en aide au droitcanon pour affermir son pouvoir. Il n’y eut que le peu-ple et la classe moyenne dont les libertés locales dispa-rurent. Aussi, par instinct, les masses virent de mauvaisœil ces docteurs en droit, milites legum, comme on les ap-pelait, qui, avec d’autres armes que celle de la chevalerie,n’en contribuaient pas moins à son oppression. Il s’établitainsi entre les légistes, les prêtres et les souverains une en-tente qui pesa sur les générations suivantes, et la justice cri-minelle emprunta au droit canon l’inquisition et les procèsde sorcellerie.

La médecine, bornée d’abord aux premières notions dessciences naturelles et à quelques préceptes empruntés àHippocrate et à Galien dut aux savants arabes d’accroîtreson domaine. Mais le préjugé religieux qui entravait ladissection des cadavres, ne put être vaincu même par Fré-déric II, protecteur des études d’anatomie, et s’opposaconstamment aux progrès de cette science. De plus les