l’église, la science, l’art et le théâtre
149
sentation, que l’on transporta dans les cimetières, sur laplace du marché, partout où se trouvait un terrain spacieux.Le grand nombre des acteurs nécessita aussi parmi eux l’in-troduction des laïques, des comédiens de profession, desécoliers ambulants. Ainsi se formèrent les confréries laïquesdites confréries de la Passion, qui d’un accessoire du cultefirent un objet d’art et de spéculation fructueuse, à l’exem-ple du clergé. Mais quand on eut épuisé l’ancien et le nou-veau Testament, l’amour de la nouveauté fit composer desallégories où l’on représentait les vertus et les vices dans unbut d’édification, et qui eurent le nom de moralités.
C’est dans la ville impériale de Gomünd, en Souabe, quefleurit surtout le Jeu de la Passion. Là, pas de famille qui nefournît au moins un acteur à la pièce, et les spectateursétaient au nombre de 15,000. La représentation du drame,divisé en vingt-quatre parties, commençait le Jeudi Saint àsept heures du soir et devait durer jusqu’à dix heures, à lalueur des torches. On la reprenait le lendemain à midi et onlaprolongeait jusqu’à la nuit. S’il en faut croire la tradition,Schiller enfant y assista (1). L’impression qu’il en reçut seretrouverait dans ses drames de Jeanne d’Are et de MarieStuart. La dernière représentation de la Passion eut lieu àGomünd en 1803, à la fête de Pâques.
De tout ceci nous pouvons conclure que la tragédie mo-derne, plus encore que l’ancienne, est d’origine religieuse.En Espagne, elle a plus longtemps conservé la marque deson berceau, parce que dans ce pays la fête de Noël (Autosal Nacimiento) et la Fête-Dieu (Autos Sacramentaies) étaientencore en grande vénération au dix-septième siècle et four-nissaient des inspirations aux poètes tragiques.
( 1 ) Il vécut avec ses parents à deux lieues de Gomünd, dans lebourg de Lorch, de 1703 à 1763 ,