148
LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
la naissance du Christ, sa mort et sa résurrection. La fêtede Noël, celle de l'Annonciation, celle des Rois acquirentainsi dans les grandes églises une pompe et une variétédramatiaues. Pendant la semaine sainte, on représentaitles scènes de la Passion telles qu’on les voit encore figu-rer de temps en temps en Bavière et à Oberammergau (t).Comme tous ces drames avaient pour objet la reproduc-tion d’un mystère, ils en prirent le nom, et l’on appelamystères non-seulement les actes de la vie et de la mortdu Christ, mais encore des faits de l’histoire ancienne oumoderne.
A mesure que les cadres du nouveau poème dramatiques’élargissaient, il fallait employer plus de temps aux repré-sentations, qui durèrent toute une journée ou même plu-sieurs jours. Un personnel de plus de cent acteurs figuraitles saints, les apôtres et les autres personnages. Souvent lesujet était pris dans la vie et les miracles de la vierge Marie,et, s’il se présentait une occasion de rire, on ne la laissaitpas échapper.
Le premier mystère qui fut représenté dans notre paysest l’œuvre d’un moine du douzième siècle, Wernher deTegernsee. Il a pour titre le Jeu de Pâques. Au treizièmesiècle on a ajouté au texte latin quelques strophes en alle-mand. Ce fut même en cette dernière langue que l’on écri-vit désormais les drames religieux destinés à représenterau peuple la Rédemption dans tout son développement.La forme poétique du vers fut généralement adoptée et lascène, admirablement décorée, offrit au spectateur une ac-tion pleine de couleur et de variété, où se jouaient des lé-gions de saints, d’anges et de démons. Ce grand concoursde personnages et la foule toujours plus nombreuse desspectateurs rendirent les églises trop étroites pour la repré*
(1) Nous avons donné la description du Jeu de la Passion, tel qu’hse joue encore aujourd'hui à Oberammergau, dans le volume in-titulé : les Prussiens en Allemagne. [Note du traducteur.)