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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MOEURS ALLEMANDES

être fatale à la vertu des jeunes filles serves! Il y eut mêmeun droit plus odieux, quoique des auteurs aient voulu encontester l’existence, le jus primænoctis qui nous est attestéd’une manière irrécusable par deux documents conservésdans les archives de Zurich! Ces chroniques, l’une de 1538,l’autre de 1543, disent expressément que les serfs, lors deleur mariage, doivent laisser la première nuit l’intendantprès de leur femme. Il est vrai qu’elles indiquent en mêmetemps la somme avec laquelle on pouvait se racheter decette servitude.

En Bavière et en Autriche, certaines communes avaientgardé plus d’indépendance, partant plus de bien-être. LeMinnesinger Rithard ne tarit pas au sujet de l’aisance et dela fierté de ces paysans qui jouaient volontiers au chevalieret n’allaient à la- danse que l’épée au côté, ce qui transfor-mait souvent ces plaisirs en rixes meurtrières. Un jour mêmeon vit en Autriche, trente-deux paysans succomber dansune lutte. Les coquettes de village, affublées de robes àqueue, avec des fleurs dans les cheveux et un petit miroirau cou se mêlaient à des paysans pleins de fatuité qui, laveille, s’étaient fait friser et boucler la chevelure. Les uns etles autres s’asseyaient à des tables qui pliaient sous les platsde viande, et au dessert le vin coulait à flots. En faisant lapart de l’exagération poétique, il résulte de ces récits quel’habitant des campagnes vivait dans l’aisance et se rendaitgaiment aux foires et aux fêtes sur des bidets vigoureux.

On rencontre plus de noblesse vers la frontière du Nord,chez les paysans de Steding et de Ditmar qui gardaient in-tacte leur vieille fierté germanique.

Sous la conduite d’Edemann Jurgen, ils s’emparèrent en1144 de la forteresse de Boekelnbourg et mirent à mort lepropriétaire dont la femme avait prétendu qu’ils devaientporter le joug comme les bœufs. Battus par l’archevêque de