Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
187
JPEG-Download
 

BOURGEOIS ET PAYSANS

187

se fût améliorée avec les progrès et la prospérité des cam-pagnes, mais ils virent au contraire leurs charges augmenterainsi que leur misère par les exigences toujours plus gran-des et les privilèges exorbitants de la noblesse, du clergé etde la bourgeoisie. Tandis que ces trois ordres gagnaientchaque jour plus d’aisance et de liberté, le paysan seul res-tait écrasé sous le poids d’un lourd esclavage. L,e servage,produit logique et barbare de la féodalité, devint de plus enplus d ar, surtout après la décadence des Hohenstaufen.Chaque seigneur s’efforça de réduire en servitude les pay-sans libres de son district et bientôt il n’y eut plus que desserfs. Cette classe malheureuse s’était recrutée d’abord parla guerre, tous les prisonniers appartenaient de droit auvainqueur, eux et leurs descendants ; plus tard elle s’accrutdes paysans qui ne payaient pas leurs redevances, des en-dettés, affamés ou persécutés qui, pour avoir du pain ou unpeu de sécurité, venaient librement se soumettre au jougd’un seigneur puissant. Enfin, beaucoup furent réduits à cetétat par la violence, lorsque l’empire n’eut plus assez deforce pour protéger les gens de la campagne.

Le serf était avec ses biens et sa famille la chose du sei-gneur qui en usait suivant son caprice et pouvait le vendrecomme un vil bétail. Dans les luttes des seigneurs entre eux,chacun voulant faire le plus de mal à son voisin, on détrui-sait les cabanes, on ravageait les champs, on égorgeait lespaysans. Même en temps de paix, les dîmes et redevancesétaient si nombreuses, si écrasantes que l’on se demande cegui restait au cultivateur. Aussi dans les années de disette,la famine emportait ces infortunés par milliers comme lefroid de novembre fait des mouches. Ce n’était pas assez de1 oppression matérielle, l’orgueil féodal inventa encore destourments moraux pour étouffer dans leur cœur toute étin-celle de sentiment et de dignité. Leur mariage dépendait dela volonté du seigneur ou de son intendant et il fallait payerce consentement. Combien de fois cette nécessité dut-elle