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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEEANDES

solidement son existence républicaine par les triomphesremportés à Grandson, Morat (1476) et Nancy (1477), sur undes princes les plus puissants de l’époque, Charles le Témé-raire, duc de Bourgogne.

En même temps que la bourgeoisie et le peuple des cam-pagnes acquéraient en beaucoup de contrées une indépen-dance que n’avaient connue ni la noblesse ni le clergé, lesentiment démocratique se répandait partout, favorisé parles révoltes des Hussites, par la lutte des villes contre lesbrigands féodaux, par les succès des corporations sur lespatriciens et par les victoires des Ditmariens au nord etdes Confédérés au sud. Bientôt il devait entrer profondé-ment dans les mœurs et se manifester par la littérature;aux poèmes chevaleresques allaient succéder la chanson po-pulaire; une poésie nouvelle va jaillir en Allemagne d’unesource vraiment nationale. Les premières chansons remar-quables furent celles qui célébraient le triomphe desSuisses sur les chevaliers ; avec la Réforme, cette branchepoétique se ramifia en tous sens; le paysan chanta derrièresa charrue les peines et les plaisirs du travail de la terre,le meunier accompagna d’un gai refrain le bruit de soumoulin, le soldat trompa avec des chants de guerre l’ennuides marches et des gardes, les jeunes fiiles et les jeunes gensroucoulèrent leur tendresse en de sentimentales romances,l’ouvrier compagnon salua d’un couplet son départ et sonarrivée, le pèlerin aborda le sanctuaire de ses dévotionsavec de pieuses mélodies, tous, bergers, vignerons, pêcheursou mineurs exhalèrent leurs sentiments en refrains tristesou joyeux. Dans tous ces chants, le peuple ne fit que répéterles inspirations que les poètes avaient puisées dans les ten-dances de l’époque.

Si la chanson allemande n’a pas atteint à la hauteur poé-tique des ballades Scandinaves ni des romances espagnoles,elle a du moins une qualité qui la place à un rang distin-gué, je veux dire son universalité.