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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

Un fait incontestable, à mon avis, c’est que ce mouve-ment progressif est sorti de la race germanique, race qui,au nom de la liberté individuelle, a longuement combattucontre le despotisme monarchique et contre le clergé dontla base était le pouvoir des pontifes romains. Nous avonsvu les plus grands princes des dynasties impériales essayerd’établir cet absolutisme en Allemagne et leur tentativeéchouer, parce qu’elle avait contre elle le particularismeallemand, l’intérêt des princes territoriaux et la résistanceà Rome. Favorisé par la Réforme, ce principe d'affranchis-sement fut dans ses aspirations les plus sincères étoufféchez nous, mais il trouva en Angleterre un terrain plusfavorable. Transplanté plus tard dans les contrées viergesdo l’Amérique du nord, il y fonda un État fédératif oùfleurit réellement la vieille liberté germanique.

Pendant ce temps l’édifice s’asseyait en Europe grâce àla société de Jésus, et Rome trouvait un auxiliaire puissantdans l’ambition des rois de France qui, à partir de Louis XI,s’en servirent dans l’intérêt de leur couronne. Comme leprotestantisme, malgré tout ce qu’il fit pour dissimuler sestendances, portait en lui des germes de liberté, il fut cruel-lement poursuivi en France et à l’étranger par le monarqueen qui se personnifie l’autorité despotique. Louis XIVacheva l’œuvre commencée par Louis XI et continuée parRichelieu. Sur les ruines de la féodalité et de la religionprotestante, il éleva son autocratie monarchique et reli-gieuse et se fit adorer comme un Dieu. « L’Etat, c’est moi, »pouvait-il dire dans son orgueil. De même Frédéric-Guil-laume I er de Prusse dira plus tard : « Nous sommes sei-gneur et roi ; nous pouvons agir comme bon nous semble. »

Et de fait, ils pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient cesrois par la grâce de Dieu qui avaient pris Louis XIV pourmodèle. Entre leurs mains, la politique devient une affairede dynastie qui se traite par l’intrigue; le droit est rem-placé par le caprice des cabinels; les peuples surveillés