Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
316
JPEG-Download
 

316

LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

l’élégance de ce peuple. Dans les universités et séminaires,comme dans les couvents de religieuses où l’on élève lesjeunes filles, on ne cherche ni à former l’esprit ni à étendrele cercle des connaissances. La plupart des livres qui com-posent la bibliothèque des gens instruits en France, en An-gleterre, même à Rome et à Florence, sont proscrits del’Autriche. Il est aussi difficile que dangereux de se lesprocurer. La paresse naturelle à l’esprit humain réprimetout désir de s'instruire et le noble autrichien ne touchantjamais à un livre, n’a pas la moindre connaissance litté-raire ou scientifique. »

Ce fut cependant sous ce règne puritain que l’Autricheréclama et commença l’abolition d’une foule de fêtes et dejours fériés. Marie-Thérèse comprit qu’il fallait donner auxlois, aux institutions, aux arts et aux sciences une impul-sion qui les mît au pas du reste de l’Europe qui avait prisles devants ; elle laissa le champ libre à quelques hommeséclairés tels que Van Swieten, Riegger et Sonnenfels quifirent entrer la philosophie et les idées du siècle dans lesaffaires de censure, d’église et de justice. Elle accorda unegrande faveur au dernier, quoiqu’il fût d’une famille juive.Ce professeur de l’Université, mort en 1817, était parvenupar ses articles de journaux à faire abolir la torture en1776. Quand la censure le chicanait, il avait recours à l’im-pératrice par l’entremise de l’archiduchesse Caroline.

On raconte qu’un soir, Marie-Thérèse, se levant de la tablede jeu et tenant encore les cartes à la main, s’adressa ausavant professeur et lui dit :« Qu’y a-t-il ? Coupent-ils en-core? Que réclament-ils donc ? Avez-vous écrit contre nous?Je vous pardonne de tout mon cœur en ce cas. Un vrai pa-triote a le droit de s’impatienter quelquefois. Je vous con-nais, je sais ce que vous avez à dire. Avez-vous écrit contrela religion? Non, vous n’ètes pas fou. Contre les mœurs?Jen’en crois rien. Mais, mon cher Sonnenfels, si vous avezatlaquô les ministres, c’est votre affaire, arrangez-vous avec