Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
318
JPEG-Download
 

318

LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

les airs d’un petit maître parisien. Il poussait la manie del’imitation française au point de parler l’allemand en le ha-chant. Pour que sa perruque fût mieux poudrée, il se prc ;menait tous les matins dans sa chambre entre des valetsqui lui jetaient la poudre sur la tête avec de grands éven-tails. Il se mettait d’ailleurs à l’aise avec tout le monde.Lorsque Pie VI vint à la cour de Joseph II, Kaunitz lui fitvisiter sa galerie de tableaux et le tira si fort à droite et àgauche pour le mettre en meilleur jour que le pape se dé-clarait lui-même tutto stupefatto de ce sans-façon. La va-nité de Kaunitz se montre bien dans les paroles qu’iladressa à un seigneur russe: « Achetez mon portrait, mon-seigneur, je vous le conseille ; on sera ravi dans votre paysde voir la figure d’un des hommes les plus célèbres, quimonte supérieurement à cheval, qui, en qualité d’excellentministre, gouverne l’Autriche depuis quinze ans, qui saittout, connaît tout et s’entend à tout. »

Autant le premier roi de Prusse avait incliné sa cour versdes usages français, autant le second, Frédéric-Guillaume I er ,réagit contre cette tendance. A peine assis sur le trône, iloongédia les maîtresses et le fastueux attirail de la repré-sentation, en disant : « Je ne veux rien de ces rusés Fran-çais; je suis un vrai allemand, » Nature brutale, mais hon-nête, il regardait la grossièreté tudesque comme la qualitépropre à l’Allemagne et méprisait les sciences et les lettresau point de traiter le grand Leibnitz de « gaillard qui n’estbon à rien, pas même à monter la garde. » Il disait avecplus de justesse qu’un grain de bon sens vaut mieux quetoute la sagesse de l’Université. Celle-ci, en effet, ne faisaitpas alors chez nous une brillante figure. Frédéric-Guillaumefut un roi soldat, gouvernant l’État et sa famille arec la ru-desse d’un caporal. Impitoyable contre les prétentions dela noblesse, il parvint à lui imposer les contributions,