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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIEME SIÈCLE 319

progrès important. Quand le comte de Dohna, en sa qua-lité de maréchal, lui remit (1717) une pétition contre les im-pôts, rédigée en français et se terminant par ces mots, toutle pays sera ruiné. — « Je n’en crois rien, riposta le roi ; c’estl’autorité des gentilshommes qui sera ruinée, j’établis masouveraineté sur des assises de bronze. » Il revoyait avecun soin minutieux les comptes de sa maison dans leursplus petits détails et punissait aussitôt les voleurs. Son éco-nomie allait jusqu’à l’avarice; il fit monter de 4 millions à7 millions et demi les recettes de l’État. Le trésor qu’il avaitainsi amassé fut d’un grand secours à son successeur. Il n’yavait qu’une dépense pour laquelle il ne ménageait rien,c’est quand il s’agissait d’acquérir de grands gaillards pourses gardes de Potsdam; ses recruteurs faisaient aux géantsune chasse acharnée dans le monde entier; il les payait de1,000 à 5,000 thalers. Le plus grand, un irlandais, lui encoûta 9,000. Il espérait créer une race de tambours-majorsen mariant ses beaux soldats à de grandes femmes, maisl’essai ne réussit pas. On pouvait impunément être franc etsincère avec lui; il détestait la flatterie et les compliments,fin soir, un valet nouvellement entré à son service lui lisaitla prière; arrivé au passage « que Dieu te bénisse! » il crut de-voir lire « que Dieu vous bénisse ! » — « Misérable, lis bien, luidit rudement le roi, devant le bon Dieu, je suis aussi misé-rable que toi. » En revanche, il accorda une bonne place depasteur à un candidat qui, sur la remarque du roi, que lesBerlinois ne valaient rien, avait riposté: « C’est vrai, sire,mais il y a des exceptions. » — « Lesquelles? » — Votre Ma-jesté et moi. » Il maltraitait fort ceux qui essayaient de l’évi-ter quand il se promenait pour voir les constructions qu’ilpoussait activement. Un pauvre juif qui s’était sauvé depeur en le voyant venir fut par lui saisi au collet et fustigédimportance: « Vous ne devez pas me craindre, lui disaitte roi, mais m’aimer, entendez-vous ? » Il avait mis sa mai-son sur le pied d’un .iche bourgeois ou d’un bon gentil-