Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
339
JPEG-Download
 

LA SOCIETE ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

339-

à un mouvement piétiste, renoncent, à tous les amusements,à la danse, au jeu, au théâtre, à la poésie. Il est vrai qu’àcôté d’une piété sincère, s’étale une hypocrisie misérable,et que les saines idées inspirées par le séparatisme dégé-nèrent bien vite en mysticisme.

Le mouvement de régénération va s’opérer par les sociétéssecrètes qui sont pour ainsi dire le caractère distinctif decette époque. Parmi les figures originales qui jouèrent unrôle, il faut signaler en première ligne le comte Nicolasj Louis de Zinzendorf (1700-1760), delà secte des Herrnhu t(bergerie du seigneur) qui fonda à Halle, « pour le servicedu Rédempteur, » une société séparatiste dont les princi-pes étaient un complet renoncement aux biens de ce monde,

| la ferme volonté de rester les membres du Christ et deconvertir les païens. Son séjour à l’université de Wittem-berg ne fit qu’exalter son piétisme. Rentré chez lui, ilcéda sa fiancée à son ami intime, Henri de Reuss, ouvrit en1722 un asile dans sa terre de Bertelsdorf aux frères Mo-

i

; raves persécutés par l’orthodoxie et créa la communauté de! Herrnhut dont les membres allèrent bientôt évangéliser lemonde entier. Afin de pouvoir participer lui-même à leur mis-sion,il se fit recevoir par la faculté de Tubingue au nombredes candidats de théologie, monta en chaire avec sa croix etson manteau de comte, se fit sacrer évêque de Berlin et par-tit ensuite pour un grand voyage qui le mena en Amérique.Tout cela ne l’empêcha point de composer plus de centvolumes, soit pour instruire sa communauté, soit pour ladéfendre contre les attaques de l’orthodoxie. On a mêmede lui des cantiques d’une tendresse mystique trop volup-tueuse qui serviraient à justifier certaines accusations lan-cées contre la secte.

Zinzendorf n’est pas une exception ; à son exemple beau-coup de nobles, de princes même embrassèrent la nou-velle doctrine et la défendirent contre les souverains. Ku1709, à Anhalt-Zerbst, un édit ayant été publié contre les