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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
novateurs, un de leurs prédicateurs entendit une voix cé-leste qui lui ordonnait d’exhorter le prince à la tolérance,et comme ses premières remontrances avaient été mal re-çues, le Seigneur lui apparut en personne, vêtu d’un habittricolore, et lui réitéra l’ordre d’exhorter le prince. Celui-cifut tellement effrayé par ce prodige qu’il en mourut septjours après.
Concentré d’abord à la cour d’Henri de Rcus, le piétisme js’étendit bientôt en Silésie et envahit la maison des comtes ;de Prowmnitz. On raconte que la mère de l’un d’eux, lecomte Erdmann, disait que malgré son amour pour sonfils elle ne pouvait consentir à passer avec lui plusieursheures à genoux et en prières , parce qu’elle était fortgrosse et que cette posture la fatiguait. Une aventure quise passa dans cette famille nous dévoile un coin de mœursde l’époque. Le comte Erdmann, dont il vient d’être ques-tion, avait épousé une femme de mœurs légères dont ilse sépara et qui se remaria au comte de Kallenberg. Il lavait eu de son union avec elle une fille qui vivait avec samère àStcinau. Les Prowmnitz, craignant pour le salut éter-nel de cette enfant, essayèrent de la faire enlever par un in-trigant, un Français du nom de Lefèvre. Mais la tentativeéchoua et la jeune personne, menée à Vienne auprès deMarie-Thérèse à qui la mère avait cédé ses droits, fut deforce convertie au catholicisme, mariée contre son gré et netarda pas à mourir. La mère furieuse se vengea sur Lefèvrequi fut condamné à vivre de pain et d’eau dans une étroite ;prison à Steinau, où Frédéric II, lors de l’invasion de laSilésie, le trouva à moitié pourri et idiot. On lui rendit laliberté, mais il mourut aussitôt après.
Au nord de l’Allemagne les illuminés avaient pour chefsles comtes de Stolberg. Busching qui les visita en 1751 , ra-conte que ces seigneurs passaient le temps à lire la Bible età s’entretenir de sujets religieux. Il fut frappé en même tempsde ia familiarité excessive que la comtesse accordait à ses