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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

Laukhard nous fournit encore quelques renseignementssur les autres classes de la société. Voici comment il nousdécrit les embarras financiers du petit souverain qui gou-vernait alors son pays : « Le comte avait un revenu d’en-viron quarante mille thalers et menait un train princier. Ilentretenait des héiduques, des hussards, une bande de mu-siciens de cour, un écuyer et une foule d’autres serviteursinutiles. Tout cela coûtait de l’argent et ses revenus n’ysuffisaient pas. On fit des dettes, rien de plus facile, maisbientôt la parole du comte n'eut plus de crédit. Que faire ?On hypothéqua les villages et les paysans furent obligésd’engager leur signature. Par ce moyen l’on trouva à em-prunter jusqu’à neuf cent mille florins. Mais on fit des fauxà foison et beaucoup de gens, sans s’en douter, se trouvèrentavoir cautionné des sommes énormes. Joseph II, informédu fait, agit avec justice; il délia les paysans de leurs en-gagements, destitua le faussaire de son gouvernement et lecondamna, malgré les supplications de sa fille, à dix ansde fers dans la forteresse de Kœnigstein, près Francfort. »De voyageur, Laukhard se fit soldat. Ayant suivi les Prus-siens en Champagne, il y vit la corruption des émigrésfrançais : « J’ai été témoin, écrit-il, de l’immoralité in-troduite par les émigrants français en Allemagne. A Coblentz,il n’y a plus de vierge à partir de douze ans, les mauditsFrançais y roucoulent si bien que l’on rougit du résultat deleurs séductions. Les jeunes filles, les femmes, les vieillesdévotes elles-mêmes sont d’une galanterie insupportable.La fille d’un négociant s’est vantée en public d’avoir vendusa virginité à un Français pour six carlins. Non! jamais lejeunesse allemande ne fut si corrompue. Partout où lesémigrés ont mis le pied, il en est comme à Coblentz. »Pendant la guerre, le vice et le crime se donnèrent lamain. Vers la fin de 1790, il se forma près du Rhin et de laMoselle des bandes de brigands qui pillaient et assassi-naient avec un impudent cynisme. Au sud-est, il 7 eut