LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIEME SIÈCLE 361
la salle était comble. A peine eût-on baissé le rideau aprèsle premier acte que mille voix s’écrièrent : Vive FrédéricSchilkr! Le poète se dérobait modestement et remerciaitdu fond de sa loge. Après la représentation, chacun voulutle voir. La grande place qui est devant le théâtre regorgeaitde monde jusqu’aux portes de Rannstaedt. Quand Schillersortit, on forma la haie. « Découvrez-vous, » criait-on detoutes parts, et il traversa la foule qui le saluait chapeaubas, tandis que derrière lui les pères levaient leurs enfantssur les bras en leur disant : « Regarde! »
Nous terminerons ce chapitre par quelques détails quenous fournit un génie vagabond né dans le Palatinat en1758, nous voulons parler de Frédéric Laukhard. Il nouspeint d’abord sous des couleurs assez tristes les écoles ba-varoises où il commença ses études, puis il nous introduitau milieu des brutalités qui déshonoraient encore les uni-versités. Le siècle était trop enclin aux sociétés secrètespour que les étudiants n’eussent pas les leurs. Une des con-fédérations les plus anciennes fut la ligue de la Mosellefondée à Iéna en 1746 avec la devise : « La vraie amitiéest le fruit de l’honneur. » Pour y être admis, il fallaitpasser par toutes les épreuves usitées dans les loges maçon-niques, le vœu de secret éternel, les serments sur les sabresnus, les sabliers de têtes de mort, toutes les niaiseries in-ventées pour la terreur des imbéciles. En outre, voulantrester fidèles à la hiérarchie académique, les étudiants s’é-taient divisés en catégories d’initiés dont les plus élevésméprisaient les autres, ce qui amena des disputes et desrixes. A la fin le gouvernement, qui devinait certaines ten-dances politiques hostiles sous le couvert de ces loges, or-donna de les fermer. La diète de Ratisbonne interdit lesordres d’étudiants et quelques-uns d’entre eux ayant per-sisté à se réunir en secret, le sénat académique d’iéna chassahonteusement de l’Université en 1798 douze des membresrécalcitrants.
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