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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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ÉPOQUE CLASSIQUE DE LA SCIENCE ET DE L'ART

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et tenta ue la réaliser par la réforme dans le domaine reli-gieux, entreprise qui échoua en Allemagne, puis en Angle-terre, et qui réussit en Amérique. Au dix-huitiéme siècle,l’effort d’émancipation tendait à affranchir la science et lesarts, à soustraire la libre pensée aux principes dogmatiqueset l’art national aux règles de la théorie romaine.

C’est du dehors que nous vint l’impulsion. Assurément,Leibnitz avait fondé l’indépendance de la science allemandeet Wolf avait essayé de tirer des idées de ce philosophe unsystème complet, mais les travaux de l'un et de l’autre nesortaient pas du domaine de la science, et le formalisme dudernier était peu propre à exercer une influence sur la vieintellectuelle de notre nation ; voilà pourquoi l’Allemagnene pouvait parvenir au haut degré d'intelligence et de civi-lisation qui la distingue, ni devenir le pays de l’esprit parexcellence, comme elle se flatte de l’être, si elle n’eût étémise en mouvement par un souffle venu d’Angleterre et deFrance. Les Anglais Locke et Hume et le Français PierreBayle dirigèrent, chacun à sa façon, les traits de la raisonsceptique contre la citadelle de la révélation. Parla brècheouverte pénétrèrent aussitôt les déistes anglais Toland,Tindal, Wollaston, Morgan, etc., désignés sous le nomd’athées, parce qu’ils rejettent non-seulement l’idée d’unDieu en trois personnes, mais encore toute idée d’un êtrepersonnel. Cette philosophie trouva de spirituels auxiliaireschez les littérateurs Shaftesbury et Bolingbroke et se ré-pandit surtout dans la haute société, d’où elle passa enFrance.

j Elle trouva ce pays admirablement préparé par sa haine

i contre les jésuites et la suprématie pontificale, par lestoits de Rabelais et de Pascal, par la sagesse philoso-phique de Montaigne et de La Rochefoucauld. Entre lesmains de Condillac et de son école, elle se transforma peuà peu en une doctrine suivant laquelle il n’y a qu’un être,matière, dont les modifications produisent tous les autre».