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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA. SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

peuples à leur malfaisante individualité. » Stein exprimaitles mêmes sentiments dans une lettre de 1814: « C'estl’époque des petitesses, de la médiocrité humaine. Chacunrevient et reprend son ancienne place; ceux qui avaienttout mis en jeu sont oubliés et négligés. » Le congrès segorgea de plaisirs et de danses; une demi-douzaine defemmes vendues traînaient après elles ces grands diploma-tes et dirigeaient la haute politique. On dut plusieurs foisajourner les réunions parce que l’an ou l’autre de ces libé-rateurs arrangeait des tableaux vivants ou aidait sa maî-tresse à mettre du rouge. Avait-on le temps de songer auxpeuples au milieu de toutes ces intrigues d’amour ou d’ar-gent? Puis quel besoin a-t-on d’eux maintenant qu’ils onttout sacrifié à leurs seigneurs et maîtres ? Il est vrai quel’empereur François a dit : « Le peuple est aujourd’huiquelque chose, » mais c’est là une parole sans portée. Envain les représentants de la Prusse déclareront à l’ouver-ture du congrès que « l’établissement d’une constitutionn’est pas seulement désiré parla cour, mais revendiqué par-la nation qui se souvient de l’ancienne constitution del’Empire et qui est persuadée que sa sûreté, son bien-être,sa civilisation dépendent de l’union en un seul corps natio-nal », ce n’est là qu’une phrase. Les intrigues de la Francevaincue, de l’Angleterre et de la Russie qui ne veulent pasde l’unité de l’Allemagne, l’emporteront. Le czar Alexandre,cachant sous son mysticisme chrétien la finesse égoïste d’ungrec byzantin, prendra sous sa protection les princes alle-mands et les défendra contre tout projet d’union. Nous li-sons dans les Mémoires du général Wolzogen que le czardisait au baron de Stein qu’il en agissait ainsi afin de pou-voir marier convenablement à l’avenir les grands-ducs etles grandes-duchesses de Russie, sur quoi le patriote indi-gné lui répliqua : «Je ne savais pas que Votre Majesté vou-lût faire de l’Allemagne un haras ! » Au lieu de la constitu-tion nationale à laquelle on était en droit de s’attendre, on