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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

Du maître passons à l’élève, à Frédéric de Gentz, premiersecrétaire du congrès de Vienne et publiciste politique dela Restauration. Il avait débuté par les idées de Kant, ainsique le prouve l’adresse par lui envoyée à Frédéric-Guil-laume II, lors de son avènement ; il se rapprocha desromantiques et prouva, dans un mémoire de t804, que lesmalheurs de l’Allemagne provenaient de sa division et deson morcellement. Il écrivait bien, on le payait en consé-quence et il vivait grandement. Ce fut le grand pension-naire, non, le vice-grand pensionnaire (Metternich passeavant lui) des cabinets européens. Au mois d’avril 1814il écrivait à Rahel ;

« Dès que je puis quitter la plume, je m’occupe de l’ar-rangement de mes chambres et j’étudie sans relâche lesmoyens de me procurer de plus en plus d’argent pour acheter 1des meubles, des parfums et tous les raffinements du luxe.Malheureusement mon appétit est perdu et je ne m’intéresstplus qu’au déjeuner.»

Et plus loin :

« Que la vie est ennuyeuse ! Rien ne me fait plaisir etj’éprouve presque une joie infernale à voir les soi-disantgrandes choses prendre une telle fin. Personne au monde ,n’en sait plus que moi sur l’histoire contemporaine, il estdommage que cela soit perdu pour la postérité, car je suistrop discret pour en rien dire, trop politique et trop scep-tique et trop paresseux pour en rien écrire ; le temps, le !courage et surtout la jeunesse me manquent. Je suis de- jvenu vieux et mauvais. »

Voilà à quel point de dégoût le romantisme avait réduie iGentz !

Voulez-vous un autre exemple de l'excès où conduit cejeu de coquetterie avec le moyen âge, regardez le sort deGœrres. Après avoir été un jacobin efïrené et un romantiquepatriote, il s’en alla à Munich se mettre à la tête des fana-tiques ultramontains dont cette ville était le quartier-général.