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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
geuse parce que ses villes sont moins populeuses et que laplupart de ses ouvriers sont en même temps occupés à laculture du sol dont ils sont propriétaires. Mais ailleurs, làoù l’ouvrier n’a d’autres ressources que le travail de sesmains, il se produit fatalement, comme nous l’avons vuplusieurs fois depuis le commencement de ce siècle, desmanques de travail qui amènent la famine et dépeuplent lescabanes des fileurs et des tisserands. La misère produitalors ce que l’économiste anglais Malthus recommandecomme une nécessité sociale, c’est-à-dire que les pauvres,ou du moins leurs enfants périssent par excès de la popula-tion.
Je ne sais pourtant si la famine et le typhus sont desfléaux plus redoutables pour l’ouvrier que les lois anglai-ses sur le paupérisme et les Work House. Nous avons eu,il est vrai, nous aussi, nos scènes de misère et de bestialité.On ne saurait s’en étonner quand on songe que le prolé-taire de la campagne n’a reçu jusqu’en 1850, avec sa nour-riture, qu’un salaire de 10 à 24 kreutzer par jour dans l’Al-lemagne du Sud. Dans celle du Nord, il touchait de 4 à 8gros. Avec ces modiques ressources, souvent suppriméespar le manque de travail, le malheureux devait nourrir etélever sa famille. Qu’on juge de sa misère et de son étatphysique et moral ! A dire vrai, c’est un esclave blanccomme son frère l’ouvrier des cités industrielles. Celui-ciserait moins malheureux peut-être, car il a du moins laressource de changer de maître. N’allez pas croire que lefermier ou le propriétaire campagnard soient plus tendresque le fabricant pour ceux qu’ils emploient. Il faut mêmeavouer que le plus riche paysan n’a aucun souci des inté-rêts moraux et supérieurs, aussi rencontre-t-on encore danscertaines contrées de l’Allemagne des maîtres d’école quisont moins payés que le gardeur de porcs et qui doivent secontenter, comme en Poméranie, de 40 à 80 thalers en ar-gent avec le produit d’un champ de 40 à 50 ares.