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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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RICHESSE ET MISÈRE

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L’un de ces esclaves de l’intelligence écrivait à un amien 1846 :

« Mon sort et celui des miens n’est pas beaucoup plusdoux que celui des 25,000 individus qui se lèvent le matinà Londres sans savoir de quoi ils vivront dans la journée.Tandis que les autres enfants mangent à satiété, sont heu-reux et gais, les miens en sont réduits à les regarder triste-ment, l’estomac vide. Il faut avoir mangé soi-même unpain trempé de larmes pour se faire une idée de la douleurde ceux qui n’ont pas d’autres mets. Il arrive souvent quemes six enfants crient après un morceau de pain et se dis-putent les miettes durcies que dédaigne le fils même dupaysan. Notre misère est terrible. »

Veut-on savoir d’un autre côté quel était le sort des es-claves de l’industrie? Nous pouvons à ce sujet citer desfaits authentiques qui se sont passés dans les années 1845-1846. Dans la vallée bénie de la Wupper, la plupart destisserands, qui travaillaient 15 heures par jour, ne gagnaientpas 2 thalers par semaine; les tisseurs en fin de Bielefeldgagnaient deux gros d’argent par jour, ceux de second or-dre, 7 pfeuning, et les deux tiers de la contrée n’avaientpas d’autres ressources. Parmi les tisserands des districts deWerther et de Dornberg, le quart ne gagna que 3 thalers en40 jours, ce qui fait 2 silbergros et demi par jour. Encorecet infime salaire était-il amoindri dans quelques cantonspar l’infâme système de payer les ouvriers avec des mar-chandises avariées qu’ils vendaient à vil prix pour avoirun morceau de pain ! Un bon ouvrier des mines de char-bon, près de la Ruhr, touchait, il est vrai, 9 à i 1 silbergros,pour un travail continu de 8 heures, mais il avait à four-nir la lampe qui absorbait pour un gros d’huile. Si, dansles grandes villes, le salaire était plus élevé, la cherté desloyers et des vivres le réduisait aussitôt à des pi Jportions