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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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OMBRE ET LUMIÈRE

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elle doit écarter du Code criminel toute vaine sentimen-talité. Déjà d’ailleurs, une évolution, devenue nécessaire,s’opère dans ce sens. Comment ne pas l’accepter, quand onlit les résultats que Haushofer nous présente dans sa statis-tique de 1872 ? Il constate que malgré les progrès de l’ins-truction publique, il n’y a aucune amélioration dans l’étatmoral : au contraire, il y a progression constante pour lescrimes, les suicides et la corruption. Il est vrai que certainscrimes tendent à disparaître, tels que les vols sur les grandschemins, parce que la police veille mieux sur la sûreté descommunications, mais les autres attentats contre la pro-priété et surtout ceux contre les mœurs se multiplient aussibien en Prusse qu’en France et dans les autres pays. On di-rait que la criminalité des femmes augmente, car le nombredes infanticides devient chaque jour plus grand. Enfin laprogression des suicides grandit continuellement, tandisque le chiffre de la population tend plutôt à décroître.

L’abus de l’eau-de-vie marche de pair avec la dégradationmorale ; Engel et Frantz lui attribuent, non sans raison, ladiminution de la longévité en Prusse dans ces dernièresannées. Aux autres causes de démoralisation vient s’ajouterla prostitution, qui se multiplie dans des proportionseffrayantes. Tandis que de 1858 à 1863 la populatian deBerlin ne s’est accrue que du vingt pour cent, la prostitutiony a augmenté du soixante pour cent. Comme résultat im-médiat, on voit se développer la syphilis, maladie souventmortelle, qui ruine les générations futures. Enfin le nombredes divorces augmente parce que chacun veut courir aprèsla fortune et les jouissances matérielles et se livrer aux foliesde l’ambition et l’orgueil.

Bien que le peuple soit plongé jusqu’au cou dans le ma-térialisme prosaïque de la vie, il y a pourtant chez lui en-core l’étincelle divine qui fait germer les nobles sentiments.

Aux faits déplorables que nous venons de citer, on peutopposer des traits de dévouement et de générosité qui les