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LA. SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
en son sein des hommes aussi purs, aussi énergiques qu’unSchlosser ou un Uhland, qui compte dans ses annales de sibeaux dévouements à l’idée, ne saurait désespérer de l’avenir.
Sans nous livrer aux rêveries décevantes d'un optimismeexcessif, nous sommes en droit d'espérer, en voyant quellea été dans le passé la marche de notre développement in-tellectuel et moral, que l’Allemagne, après avoir résolu leproblème de la liberté dans la religion et dans l’art, ré-soudra aussi celui des libertés politiques et sociales.
Le spectacle de ce qui se passe sous nos yeux jette, il estvrai, quelque ombre sur ces riantes espérances; notre tempsest en proie au triomphe d’un matérialisme qui effraye lesesprits timides, mais ne trouble point les cœurs forts. Ceux-ci comprennent que ce triomphe momentané était néces-saire pour que le féodalisme détruit disparût complètement.
Certes au moyen âge et dans l’antiquité la vie de l'homme,idéalisée par la religion ou la politique, était moins pro-saïque et moins terne; l’individu absorbé par l’Église oupar l’État n’affichait pas un si insolent égoïsme, toutefois larevendication des intérêts matériels nous paraît se produireavec juste raison dans l’ordre naturel et historique. Nousn’apercevons, il est vrai, à cette heure, que le côté mena-çant du problème, le côté consolant apparaîtra plus tard.
Il est bon que l’immense expansion dont l’antiquité ni lemoyen âge n’avaient aucune idée, la vulgarisation de l’idéecivilisatrice se répandent sur des millions de têtes qui enavaient été déshéritées jusqu’ici; chaque jour, chaqueheure agrandit le cercle de ceux qui sont appelés à s’asseoirau banquet de la vie. La société reposera ainsi sur de pluslarges assises et pourra mieux développer la force néces-saire à l’évolution qui se prépare.
Les excès et les folies du matérialisme disparaîtrondevant la puissance morale de notre peuple, quand lecapital d’idées que nous a légué le dix-huitième siècleaura été absorbé à son profit.