HISTOIRE ne CAFEIER
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seau de moins, on n’a rien à citer. L'esprit jaillitspontané comme il peut.
De cette explosion étincelante, nul doute quel’honneur ne revienne en partie à l'heureuse révolu-tion du temps, au grand fait qui créa de nouvelleshabitudes, modifia les tempéraments même : l’avè-nement du café.
L’effet en fut incalculable, n’étant pas affaibli,neutralisé, comme aujourd’hui, par l’abrutissementdu tabac. On prisait, mais on ne fumait pas.
Le cabaret est détrôné, l’ignoble cabaret où sousLouis XIV se roulait la jeunesse entre les tonneauxet les filles. Moins de chariots avinés la nuit. Moinsde grands seigneurs au ruisseau. La boutique élégantede causerie, salon plutôt que boutique, change,ennoblit les mœurs. Le règne du café est celui dela tempérance.
Le café, la sobre liqueur, puissamment cérébrale,qui, tout au contraire des spiritueux, augmente lanetteté et la lucidité, le café qui supprime la vagueet lourde poésie des fumées d’imagination, qui duréel bien vu, fait jaillir l’étincelle et l’éclair de lavérité, le café antiérotique.
Les trois âges du café sont ceux de la pensée mo-derne ; ils marquent les moments solennels du bril-lant siècle de l’esprit.
Le café arabe la prépare, même avant 1700. Lesbelles dames que vous voyez dans les modes deBonnard, humer leur petite tasse, elles y prennentl’arôme du très fin café d’Arabie.
Et de quoi causent-elles? du sérail, de Chardin, dela coiffure à la Sultane, des mille et une nuits (1704).Elles comparent l’ennui de Versailles au paradisd’Orient.