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HISTOIRE DU CAFÉIER
A droite et gauche, dans toute sa longueur, se trou-vent deux bancs recouverts de nattes ; des tassesébréchées, une pince à feu, une boite à cassonade,déposées près d’un petit fourneau, composent le mo-bilier de l'établissement.
Le soir, la clarté douteuse d une lampe suspendueà la voûte éclaire tant bien que mal les figures d'unedouble rangée d'indigènes attentifs aux cadencesnazillardes de quelques Vandales, qui s’accompagnenten pizzicato, sur des pochettes à trois cordes.
Je ne sais si j’ai tort d’être trop préoccupé du l'ap-port qui existe entre l'Afrique et l'Espagne, mais enentendant ces notes rudes de sauvages, je croisreconnaître le type de la musique espagnole, musiquesi complètement dépourvue de rythme et de mélodie,qu'on a peine à saisir l’instant où les musiciensfinissent d’accorder les instruments pour commen-cer l’air.
Ici, comme en Europe, les cales sont la providencedes oisifs, le rendez-vous inévitable des amateurs denouvelles, la bourse des courtiers d'immeubles etl’académie des joueurs de dames.
Les Européens fraîchement débarqués les affection-nent particulièrement. Les uns n'y vont que poursatisfaire leur curiosité ; d’autres par dédain spontanédes habitudes de la civilisation : ils s’étaient endor-mis Français, ils se réveillent Mahométans ; c’est unetransformation assez bouffonne, que ces messieursauront peine à vulgariser parmi nous. Dans leuramour de l’art Turc, ils ne hantent que des boutiquiersindigènes, affectent les poses de l’Orient.
Si nous quittons un instant l'intérieur de la villepour suivre entre deux haies de lentisques ou d'aloësun de ces sentiers capricieux, qui tantôt vous pous-