10 JOURNAL d’un OFFICIER D’ORDONNANCE..
Je n’aime pas l’Anglais, je le confesse. Je reconnaisses grandes qualités de peuple, sa ténacité, son espritd’initiative et de magnifique solidarité. Mais tout celame semble gâté par un égoïsme à la fois monstrueuxet peu scrupuleux sur le choix des procédés. Que lesnations soient égoïstes, d’accord : c’est, dit-on, leurdevoir. L’égoïsme n’est peut-être qu’une forme dupatriotisme. Mais qu’elles soient honnêtement égoïstes.L’honnêteté ne gâte rien, pas même le patriotisme.
Et à ce propos je demande au lecteur la permissionde lui conter, en guise d’exemple, un souvenir per-sonnel, une anecdote absolument inconnue, inédite,et dont j’affirme l’authenticité.
C’était en Chine. On avait, après les premièresopérations conduites par le général de Montauban,conclu un traité à Tien-Tsin; seulement, celte fois, cen’était pas un capitaine de frégate qui avait signé :c’étaient, pour l’Angleterre lord Elgin, et pour laFrance le baron Gros.
Le traité paraphé et fait en double expédition, — unexemplaire anglais et un exemplaire français, — futconfié au mandarin qui l’avait discuté et... on n’en-tendit plus jamais parler de ce papier.
Quand on vit que la Chine n’exécutait pas le traité,on s’informa de ce qu’il était devenu, et je me sou-viens encore des rires du commandant en chef et desquolibets de l’état-major, lorsqu’il nous fut réponduavec tranquillité et bonhomie que le mandarin aveclequel nous avions négocié n’avait pas de pouvoirs,p’était chargé d’aucune mission ; que c’é'ait un ama-