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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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LE CAMP DE CIÏALONS.

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expéditions sur les wagons de bagages, le long desmarchepieds, se battaient, déchiraient leurs effets,hurlaient cette agaçante Marseillaise qui a plané en1870 sur toutes nos défaites et toutes nos hontes, etque je ne puis plus entendre sans haut-le-cœur.

Les officiers n’osaient rien dire, ou s’ils comman-daient, c’était avec cette timidité qui indique unearmée battue et démoralisée, des chefs qui ont perduleur prestige et qui en sont réduits à essayer de sefaire pardonner par leurs inférieurs, à force de plati-tude, les fatigues inutilement supportées et les com-bats déplorablement livrés. C’était navrant.

Et cependant, quelles fêtes leur faisaient les popu-lations que nous traversions! A chaque gare, à chaquehalte, les châtelaines suivies de leurs domestiques enlivrée, les bourgeoises accompagnées de leur bonne,ou les femmes du peuple venues seules, rivalisaientde gâteries et de générosité. C’étaient des paniers devictuailles, des monceaux de fruits, des litres, toujoursdes litres, des liqueurs versées à profusion, et, mieuxque toute cette victuaille démoralisante, c’étaientde bonnes poignées de main, des embrassades char-mantes à la fois de pudeur féminine et d’entrain viril.Toutes ces effusions sympathiques me mettaient leslarmes aux yeux, et je me refusais absolument à voirpar la pensée, derrière cette bonne, cette aimablepopulation, le fourmillement des casques à pointesqui allait se répandre comme un noir torrent aumilieu d’elle, et exiger de la terreur ce que l’amourfraternel lépandait alors à profusion.