Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
20
JPEG-Download
 

20 JOURNAL DUN OFFICIER DORDONNANCE.

Nous arrivâmes à Mourmelon le 15 août au matin.Quel Quinze août! Jadis, au milieu de ce g ai paysagemilitaire, les régiments alignaient leurs files et fai-saient étinceler leurs baïonnettes au soleil de laparade pour la fête du souverain, et, à travers lestentes blanches et joyeuses, les soldats passaient engrande tenue, astiqués, propres, coquets, tandis queles salves joyeuses de lartillerie saluaient la Saint-Napoléon, que les généraux et les états-majors, doréscomme des archanges de maître-autel, se rendaientmutuellement visite, et se félicitaient des faveursaccordées et annoncées le matin par le Moniteur.

A la place de cet ordre, le désordre dans ce camp,qui semblait voué au pillage. Tous les petits ouvrages,jardinets, bustes, statues, jets deau, bosquetsségayait la fantaisie du troupier,ravagés, détruits,renversés. A la place des généraux brodés, des chefsà luniforme maculé, qui semblaient avoir peur de semontrer à leurs hommes. A la place des beaux régi-ments dautrefois, ce ramas dêtres sans discipline,sans cohésion et sans rang, ce grouillement de soldatsboueux et sans armes qui sappellent : les isolés.

, en dehors des tentes et des baraquementsil ny avait pas de place pour eux, accroupis oucouchés autour de feux de bivouac, sans distributionsrégulières, sans armes, luniforme en lambeaux, setenaient les isolés du corps de Mac-Mahon, leséchappés de Reichshoffen, les débris des régimentsfoudroyés et éparpillés par la défaite : lignards sansfusil et sans giberne, zouaves en caleçon, turcos sans