LE CAMP DE CHALONS.
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lurban, dragons sans casque, cuirassiers sans cui-rasse, hussards sans sabretache. Monde inerte, nevivant plus que de la vie végétative, se remuant à peinequand on le foulait aux pieds, et grognant d’êtredérangé dans sa somnolence fatiguée. La plus grandepartie de ces isolés était composée de zouaves et deturcos. Ceux-ci surtout avaient souffert.
Et enfin, à la place des salves joyeuses d’artilleried’autrefois, le silence, la houle de la foule qui mur-mure; et d’ailleurs, si on avait à cette heure entendu lecanon, c’eût été le canon de Gravelotte, qui emportaitdes pelotons entiers de la garde impériale.
Dans l’intérieur du camp, même désordre. Lesbataillons de mobiles parisiens s’étaient logés où ilsavaient pu, au hasard de l’arrivée, et quand on deman-dait aux soldats errants où se trouvait telle compagnie,ils affectaient de ne rien savoir et se donnaient le plai-sir de vous envoyer... à l’ours, comme ils disaient.
Je voulais, au camp de Châlons, voir d’abord legénéral Berthaut, puis mon frère, secrétaire d’ambas-sade en rupture de diplomatie, pour cause de guerre,et officier d’ordonnance de ce général. Comme avecune bonne langue et des bottes solides on arrivetoujours où l’on va, je finis par trouver le général. Jelui remis le mot du ministre, et il promit de s’occuperde moi. Quant à mon frère, je le dénichai dans unebaraque où il dormait du sommeil du juste, avecune paire de pistolets chargés et armés au chevet desa couchette. Tous les officiers en faisaient autant.
Je commençai par lui prendre ses pistolets, puis je