26 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
Avez-vous des chevaux? Il vous en faudrait deux. Filezsur Paris pour en acheter.
— Je n’ai pas besoin de partir, mon général, je vaisenvoyer mon domestique en acheter deux.
— Ah ! vous avez un domestique, vous !
Mon Dieu, oui, j’avais un domestique, et, qui plusest, un domestique anglais, qui ne joue d’ailleursqu’un intermède dans ces souvenirs. Je lui pardon-nais sa nationalité en faveur de sa fidélité, et je nel’appelais jamais que le fidèle Joseph. C’était unemanière de jockey, âgé d’une cinquantaine d’annéeset qui paraissait en avoir quinze. Petit, maigre,nerveux, blond, sans un poil de barbe, il connais-sait la cuisine aussi bien que le pansage ; c’était untrésor.
— Yous lui direz, me recommanda le généralSchmitz, d’apporter en même temps deux selles an-glaises pour moi. Je n’en ai pas assez pour faire cam-pagne.
Voilà donc le fidèle Joseph promu au grade d’offi-cier de remonte. Je l’expédie à la gare, muni de toutce qu’il faut pour acheter des chevaux et des selles,etje continue ma promenade.
Deux heures plus tard, je vois de loin un groupe desoldats bousculant un être qui ressemblait à ungamin. Je m’approche, et dans la victime je reconnaisavec stupeur mon fidèle Joseph.
Le malheureux, en attendant le train à la gare, avaiteu le malheur de causer avec les allants et venanls,parlant de sa mission dont il était tout fier, et écor-