36 JOURNAL D*ÜN OFFICIER D’ORDONNANCE.
distraction et de récréation, en temps de service,étaient des promenades à cheval derrière le gouver-neur. J’eus cependant plus tard, lorsque l’investisse-ment fut complet, à causer plus souvent et de plusprès, en qualité d’interprète et de parlementaire,avec les Prussiens qu’avec mes concitoyens.
Je mis, pendant les premiers jours, à profit lesquelques moments de répit que me laissait le service,en parcourant un peu Paris pour mon compte per-sonnel, flânant, notant, observant, lisant les journaux,faisant causer les passants.
Paris avait plutôt l’air de préparer une révolutionqu’une défense régulière. Il était en proie à une sur-excitation extraordinaire et qui se manifestait sousles formes les plus diverses : à la Chambre, pardes questions continuelles adressées aux ministres,par des demandes incessantes d’armement de lagarde nationale, par des attaques continuelles contrela dynastie malheureuse; dans les centres, les car-refours, la Bourse, par des attroupements sansmotifs, et des poussées, des cris, des disputes. Lejour, la place de la Bourse était noire de tètes. LaRente exécutait des bonds fantastiques, les spécu-lateurs criaient les uns contre les autres, le publiccriait contre les spéculateurs. Le soir, les boulevardsétincelaient de lumières et les cafés regorgeaientde consommateurs. De temps en temps, on acclamaitquelqu’un, sans savoir qui. On huait un personnageparfaitement inconnu et ahuri. On acclamait destroupes, des francs-tireurs, des ambulanciers. On