M JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
petite rentière. On relâcha l'homme habillé en femme.Pourquoi ce petit bourgeois avait-il eu l’idée aussisingulière que persistante de vivre sous un sexed’emprunt? On ne put jamais le lui faire dire. Jem’étais promis d’éclaircir ce mystère un jour quej’aurais le temps. Mais, lorsque je demandai sonadresse à M. Follet, il m’apprit que le pauvre bon-homme n’avait survécu que deux jours à la scène queje viens de raconter et qu’il était mort de saisisse-ment. J’imagine que les gifles reçues n’ont pas étéétrangères à ce triste dénouement.
Un spectacle bien fait pour nous consoler de toutes/es misères que nous voyions de si près, et de toutesles scènes, ridicules comme celles que jo viens doraconter, ou sanglantes comme l’attaque criminellede la caserne des pompiers de la Villette, était celuique présentaient les burcauxoùl’on recevait les enga-gements. Les bourgeois les plus inoffensifs se faisaientinscrire avec un entrain, un ensemble,,merveilleux etsincères. La bonne volonté, le désir de se sacrifier,éclataient dans leur tenue, dans leur langage. C’étaittouchant. Je me souviens qu’on refusa d’inscrire l’en-gagement du marquis Lafond de Gaudaval, âgé doquatre-vingt-sept ans, qui voulait rejoindre son fils àl’armée du Rhin, comme simple soldat de la ligne '.
Parallèlement se formèrent et s’équipèrent, en celle
I. Le capitaine Dancourt, âgé de 78 ans, maire de Montargis,fut plus heureux et put partir pour l’armée. Un médaillé deSainte-Hélène, nommé Siméou Guillot, Dé en 1798, s’engagea au29« de ligne.