52 JOURNAL D UN OFFICIER D ORDONNANCE.
certain nombre de personnes très bien portantes, par-faitement en état de faire un service de rempart etmême de participer aux futures sorties, s’éparpillèrentau gré de leur fantaisie, qui vers l’Italie, qui versl’Espagne, qui vers la Belgique, qui vers l’Angleterre;mais la masse des gens qu’on pouvait appeler bouchesinutiles, vieillards, femmes, enfants, n’ayant ni res-sources ni établissement en province, fut bien forcéede rester à Paris. On eût dû, à ce moment-là, prendreune grande résolution et exporter tout ce monde dansle Midi. On n’y pensa même pas. Quant aux gens sansaveu, dangereux, le 31 octobre et la Commune prou-vèrent qu’ils avaient préféré rester à Paris, où ilsétaient admirablement enfouis dans le désordre uni-versel. Par contre, on faisait le vide autour de Paris.On ramassait à la hâte les récoltes, on les empilaitsur les charrettes, et par chaque porte s’engouffraientdes lignes interminables de voitures chargées de vic-tuailles, pendant que les chalands sur la Seine et lestrains de chemins de fer apportaient le charbon, levin, le grain, les bestiaux. Les paysans et leurs famillesaccompagnaient leurs récoltes. C’était un spectacleinénarrable que celui de ces milliers de véhiculesamenant mobiliers, femmes et enfants, pêle-mêleavec la batterie de cuisine et les sacs de blé ou depommes de terre, et remorquant une vache, un veau.Il y avait des armoires pleines de lapins, des litsconvertis en poulaillers. Tout cela arrivait avec desbeuglements de bétail, des bêlements de chèvres etd’agneaux, des cris affolés de canards, des appels de