56 JOURNAL d’un OFFICIER D’ORDONNANCE.
morale. Mais on est habitué, en France et ailleurs, àchercher ces belles pensées dans les livres des philo-sophes, non dans les proclamations des généraux.Et autant on pardonnerait peu à qui porte un sabrode se déclarer l’apôtre du sabre, autant on s’étonnede l’entendre chanter les beautés de la persuasion etde la force morale. Entre le soudard et le prédicateur,il me semble que la marge est assez large pour qu’unhomme de talent et d’esprit, comme était le généralTrochu, pût y évoluer à l’aise. Pourquoi avait-il unetendance à s’approcher toujours davantage de la chaireque de la selle de bataille? Quelques-uns s’en mon-tr; ient surpris, d’autres s’en montraient inquiets. Lessurpris et les inquiets ne formaient du reste qu’uneminorité encore imperceptible,et s’ils étaient accueillisavec faveur aux Tuileries, ils subissaient par contreles rebuffades du comte de Palikao. Ce ministre, avecme entière loyauté, soutenait le gouverneur, et ilivait répondu sèchement aux premières critiques :
— Il parle, en effet, mais il agit.
Ce fut vers la fin de ce mois si rempli d’événements,d’émotions et de fièvre, le 29 août, que le premierconseil de guerre jugea les deux principaux auteursde l’abominable attentat commis, le 15 août, contre lacaserne de pompiers de la Villette. Une bande deforcenés, dans lesquels l’opinion s’obstina à voir descomplices, conscients ou non, de la Prusse, assaillit leposte de garde des pompiers, exigeant les fusils de lacaserne pour marcher sur le Corps législatif et procla-mer la République. Les pompiers résistèrent. Les