UN DIPLOMATE AMATEUR.
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correspondant sur l’autre rive, je m’étais présenté àl’entrée du pont sans qu’aucun officier vînt à ma ren-contre, et les sentinelles tiraient sur mon trompetteet sur moi au visé. Je les voyais tranquillement recti-fier peu à peu leur tir, d’abord hâtif et maladroit, etsi j’étais resté là, j’aurais été infailliblement atteint.Je dus me retirer, et faire mon rapport au chef d’état-major général. Une correspondance suivie s’établità ce propos entre Versailles et Paris, et s’empila bien-tôt sur le bureau du général Schmitz. Les Allemandsprétendaient que jamais ils n’avaient tiré sur un par-lementaire français, et qu’au contraire les Françaistiraient toujours sur les leurs. Peut-être étaient-ilsdans le vrai, sauf le mot toujours; peut-être quelquejeune soldat inexpérimenté, quelque franc-tireur,avait-il canardé, sans l’atteindre, un parlementaireprussien. Dans tous les cas, les notes militaires quis’échangeaient à ce propos étaient sans aucune espècede sanction, et le va-et-vient de dépêches pouvaitdurer indéfiniment.
Nous en étions là, lorsque j’eus à reconduire legénéral Burnside jusqu’au pont de Sèvres, jusqu’à lapetite barque, amarrée à la rive française, qui devaitle transporter sur l’autre bord.
Après la sonnerie traditionnelle, après la réponsede l’ennemi, je donnai la main au général pour qu’ilescaladât la barricade. A peine était-il en vue quequatre coups de fusil retentirent, et les balles, sifflantà nos oreilles, s’enfoncèrent avec un bruit effrayantdans les douves des tonneaux.