DU CAPITOLE A LA ROCIIE TARPÉIENNE. 183
Je sens mon cheval trembler sous moi : la pauvre bêlene peut plus remuer. Je n’ai pas assez d’espace pourécarter les jambes ; afin de ne pas lui faire sentir l’épe-ron, je me contente de tourner en dedans la pointede mes bottes. Il y a des mains d’hommes sur mesfontes, sur le troussequin de ma selle, sur le tapis,sur la croupière, sur mes cuisses ; s’il fallait dégainer,je n’aurais pas assez de place pour glisser ma maingauche jusqu’à la poignée de mon sabre et l’amener àportée de ma main droite. Rien à faire, sinon attendre,rester impassible, et regarder avec attention les oreillesde sa bête.
Enfin, un homme s’approche cre Bibcsco à travers lafoule : je crois qu’il va le frapper. A ce moment, monattention est détournée par un autre énergumène quis’en prend à moi. Il est assez bien mis, et porte unelongue redingote noire qui lui bat les mollets. Ilm'invite à crier : Vive la Commune ! Je le regarde sansavoir l’air de le comprendre, etnaturellementjen’ouvrepas la bouche. Ce calme l’exaspère tout à fait, ilm’em-poigne par mes aiguillettes, m’attire violemment à luiet me crache à la figure. Puis il se jette en arrière.
Pendant une demi-seconde je vis rouge, et il mesembla que rHôtel-de-Ville s’abattait sur mon crâne.Si j’avais été seul, eussé-je dû éventrer mon cheval,galoper et marcher sur les têtes de la foule, je croisque j’aurais eu mon homme. Mais le général était là.Mais un éclair de sabre, un cri de rage, pouvaient lefaire déchirer. Je m’essuyai. Je me sentis mouillé, maisnon insulté.