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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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DU CAPITOLE A LA ROCIIE TARPÉIENNE. 183

Je sens mon cheval trembler sous moi : la pauvre bêlene peut plus remuer. Je nai pas assez despace pourécarter les jambes ; afin de ne pas lui faire sentir lépe-ron, je me contente de tourner en dedans la pointede mes bottes. Il y a des mains dhommes sur mesfontes, sur le troussequin de ma selle, sur le tapis,sur la croupière, sur mes cuisses ; sil fallait dégainer,je naurais pas assez de place pour glisser ma maingauche jusquà la poignée de mon sabre et lamener àportée de ma main droite. Rien à faire, sinon attendre,rester impassible, et regarder avec attention les oreillesde sa bête.

Enfin, un homme sapproche cre Bibcsco à travers lafoule : je crois quil va le frapper. A ce moment, monattention est détournée par un autre énergumène quisen prend à moi. Il est assez bien mis, et porte unelongue redingote noire qui lui bat les mollets. Ilm'invite à crier : Vive la Commune ! Je le regarde sansavoir lair de le comprendre, etnaturellementjenouvrepas la bouche. Ce calme lexaspère tout à fait, ilmem-poigne par mes aiguillettes, mattire violemment à luiet me crache à la figure. Puis il se jette en arrière.

Pendant une demi-seconde je vis rouge, et il mesembla que rHôtel-de-Ville sabattait sur mon crâne.Si javais été seul, eussé-je éventrer mon cheval,galoper et marcher sur les têtes de la foule, je croisque jaurais eu mon homme. Mais le général était.Mais un éclair de sabre, un cri de rage, pouvaient lefaire déchirer. Je messuyai. Je me sentis mouillé, maisnon insulté.