LE TRENTE ET UN OCTOBRE.
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Cette l'ois, l’envahissement est complet. On diraitque l’immense place se vide dans le bâtiment im-mense.
La foule envahit le grand escalier, les bureaux, lessalles, chassant les maires qui délibéraient plus quejamais, et enfin entre, à la façon d’un torrent, dans lesalon où le gouvernement est assis autour de sa table,et où elle a été précédée par Arago, toujours toni-truant, mais tout à fait éploré, déposant son écharpe,et complètement démoralisé.
A ce moment précis, comme une anguille quitrouve devant elle une maille de filet rongée, Picard,toujours malin, le joyeux Picard, disparaissait parune petite porte dans un couloir, et laissait ses col-lègues pasticher à leur aise sur leurs fauteuils lascène fameuse du sénat romain envahi par les Gaulois.Cet homme pratique et délié allait chercher la garde.
Pour s’imaginer ce qu’était à ce moment l’Ilôtel deVille, du rez-de-chaussée aux combles, bureaux, cou-loirs, salons, appartements privés, nulle comparaisonne vaudra celle d’un très grand panier plein de gre-nouilles. Du bas de l’escalier jusqu’au fond des réduitsles plus reculés, ce n’était que gardes nationaux, ouarmés ou sans armes, citoyens de tout âge et de toutpoil, volontaires de toute nationalité. Ce monde availapporté avec lui ses odeurs spéciales. Les parfums doses pipes et de ses cigarettes combattaient seuls cesfumets de chiens mouillés, ces relents de vieillesgraisses étendues sur les armes et les bottes, de sueuraigrie, qui se dégagent des troupey, surtout lorsque