228 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
ces troupes sont malpropres et ont été insuffisam-ment lavées par la pluie.
Une buée suffocante planait au-dessus de toutesces têtes congestionnées et transpirantes, vous prenaità la gorge, et allait se condenser sur les vitres desfenêtres, les glaces, les marbres, les panneaux et lestableaux.
Petit à petit l'obscurité tombait, donnant à la scènequelque chose de fantastique, et aux acteurs des ap-parences de fantômes.
Autour de la table du gouvernement, derrière lesmembres assis, calmes et silencieux, les gardesnationaux étaient serrés les uns sur les autres, inces-samment refoulés par l’arrivée de renforts nouveaux.
Les chefs arrivent, fendent cette foule, et commeaucun d’eux n’est de taille à la dominer, ils escaladentla table du gouvernement. Flourens, Millièrc, Deles-cluze, Blanqui, Pyat, Mottu, etc., ont transformé enpiste de cirque le tapis vert du pouvoir et arpentent latable, piétinant sur le papier, les buvards, renversantles sabliers, les encriers, écrasant sous leurs bottesplumes et crayons. Ils crient tous ensemble, et commetous les auditeurs crient aussi, personne ne les entend.
Trochu, scs deux officiers toujours derrière sonfauteuil, fume son cigare, et regarde aller et venirces bottes éperonnées ou éculées au niveau de sapoitrine.
Dans la lampisterie, les garçons de la Préfecturen’en ont pas moins préparé les lampes, versé l’huile,rafraîchi les mèches, nettoyé les verres. L’adminis-