240 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
— Je suis personnellement votre prisonnier. Quantà la paix, cela regarde le gouvernement de Paris.
Et un sourire de satisfaction dérida la face ascétiqueet monacale du chef du grand État-major. Il fallaitcontinuer.
A Ferrières, M. de Bismarck n’aurait point repousséla paix. Mais ses exigences avaient augmenté, et ce futJules Favre qui les jugea intolérables.
Quinze jours plus tard, aux premiers jours d’octobre,lorsque le général Burnside vint à Paris, le succès desa mission tout officieuse n’aurait point déplu au chan-celier. Sa veine continuait. Le comte de Bismarckpoussait encore une masse. Mais il aurait volontiers« étouffé » le gain énorme déjà réalisé.
En ces premiers jours de novembre, en face deM. Thiers, il obéissait au même sentiment de pru-dence et de relative modération. Sans lui faire peur,Gambetta l’inquiétait. Il ne savait au juste combiende temps Paris pourrait tenir, et plusieurs fois déjàdes signes d’impatience lui avaient échappé.
— Vous verrez, avait-il dit, que nous serons encoreici au printemps.
Pour s’imaginer qu’à cette époque il eût été aussiexigeant qu’il le fut trois mois plus tard, pour s’ima-giner que, soit sous la forme territoriale, soit sous ’aforme pécuniaire, soit peut-être sous les deux formes,nous n’aurions pas été mieux traités, — il faudraitprouver que la reddition de Paris, l’écrasement délinitifdes armées de province, au sud, à l’est, à l’ouestet au nord, et enfin la conclusion des conventions qui