244 JOURNAL d’uN OFFICIER ü’ORDONNANCE.
mais pas les boulets ni les balles. On n’est pas par-fait! Étant donnée sa situation, il avait bien raison.Les gens qui se font tuer n’ont d’autre but ici-bas qued’édifier la fortune des avocats et des rhéteurs. Cen’est pas le chien qui mange le gibier. On ne peut pasÊtre chien et chasseur à la fois.
Donc, M. Thiers revint à Sèvres, vit Jules Favre.Le gouvernement délibéra, rejeta l’armistice avec lesaggravations que désirait M, de Bismarck, et renvoyaM. Thiers en province.
Il ne faudrait pas croire que si sa mission eût réussi,elle eût mécontenté l’opinion des classes moyennes dela capitale, les plus nombreuses et les seules réelle-ment intéressantes. Ces classes étaient parfaitementrésignées à une paix honorable, et commençaient àtrouver que le siège durait bien longtemps, toutesprêtes, d’ailleurs, à subir, comme elles l’ont fait, denouvelles angoisses et de nouvelles privations, dèsqu’elles crurent que l’honneur commandait de tenirencore, et que tout n’était point désespéré.
L’armistice n’eût mécontenté que quelques mili-taires qui s’illusionnaient encore, quelques patriotesexaltés, quelques républicains tenaces qui, aprèsavoir admis que l’Empire devait perdre la France, nepouvaient pas admettre que la République ne dût pasla sauver, et enfin la canaille du 31 octobre qui, elle,ne désirait pas la paix, car elle ne se battait pas contrele Prussien ; on la nourrissait à ne rien faire, et elleaimait son fusil parce qu’elle espérait s’en faire unoutil d’affranchissement, de jouissance et de paresse.