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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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254 JOURNAL düN OFFICIER DORDONNANCE.

entières à la porte des boutiques, sous la pluie, sousla neige, les pieds mouillés, grelottant. Et Dieu saitcombien de fluxions de poitrine, combien de phtisiesou de rhumatismes furent ainsi contractés. Lesmalheureuses supportaient sans broncher et sans seplaindre ces expéditions fatigantes, qui étaient leurssorties, à elles. Les femmes, pendant tout ce siège,donnèrent aux hommes des exemples de courage,dabnégation, de dévouement, que ceux-ci nimitèrentpas toujours assez.

Cétait un spectacle à la fois navrant et touchantque celui de ces longues flics de femmes, presquetoutes aux vêtements noirs, groupées à la porte desfournisseurs et contenues par des gardes nationaux,avec lesquels elles commençaient dabord par rire,jusquà ce que la souffrance et le froid eussentendormi la gaîté et quelquefois appelé des larmes.

Petit à petit, les magasins se vidèrent. Les réservesfaites hâtivement avant le siège sépuisèrent, et tan-dis que les petits enfants privés de lait mouraient enquantité, tandis que dautres, nourris de vin sucré etde pain, devenaient rachitiques, les adultes singéniè-rent à chercher des suppléments à la maigre pitancerationnée par lautorité.

Les boucheries de chiens et de chats sinstallèrent.Les pâtés de rats firent leur apparition. Le chat engibelotte nest pas mauvais, et, pour passer des gout-tières dans les casseroles, la malheureuse bête nattendpas toujours la venue des Prussiens. Le chien jeuneet gras est un manger supportable. Quant au rat, au