254 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
entières à la porte des boutiques, sous la pluie, sousla neige, les pieds mouillés, grelottant. Et Dieu saitcombien de fluxions de poitrine, combien de phtisiesou de rhumatismes furent ainsi contractés. Lesmalheureuses supportaient sans broncher et sans seplaindre ces expéditions fatigantes, qui étaient leurssorties, à elles. Les femmes, pendant tout ce siège,donnèrent aux hommes des exemples de courage,d’abnégation, de dévouement, que ceux-ci n’imitèrentpas toujours assez.
C’était un spectacle à la fois navrant et touchantque celui de ces longues flics de femmes, presquetoutes aux vêtements noirs, groupées à la porte desfournisseurs et contenues par des gardes nationaux,avec lesquels elles commençaient d’abord par rire,jusqu’à ce que la souffrance et le froid eussentendormi la gaîté et quelquefois appelé des larmes.
Petit à petit, les magasins se vidèrent. Les réservesfaites hâtivement avant le siège s’épuisèrent, et tan-dis que les petits enfants privés de lait mouraient enquantité, tandis que d’autres, nourris de vin sucré etde pain, devenaient rachitiques, les adultes s’ingéniè-rent à chercher des suppléments à la maigre pitancerationnée par l’autorité.
Les boucheries de chiens et de chats s’installèrent.Les pâtés de rats firent leur apparition. Le chat engibelotte n’est pas mauvais, et, pour passer des gout-tières dans les casseroles, la malheureuse bête n’attendpas toujours la venue des Prussiens. Le chien jeuneet gras est un manger supportable. Quant au rat, au