2S0 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
les têtes de colonnes devant les Allemands, qui étaientréellement magnifiques au feu : arrivant en massesombres, et, au moment de s’éparpiller en tirailleurs,levant tout à coup, comme un seul homme, leurs fusilssur leur tête en poussant des hourrahs assourdissants,ce qui avait pour résultat de grandir en quelque sorteles bataillons, comme des figures grotesques de cirque.Les mobiles, qui n’avaient jamais vu chose pareille,prirent peur. Ladreyt de La Gharrière s’élança verseux, et, voulant les entraîner, il mit son képi au bout deson sabre en criant: » En avant! » Il n’était certaine-ment pas à cinquante mètres des Prussiens. Tout àcoup, le képi et le sabre tombèrent ensemble, une balleavait fracassé le poignet du général. Trois minutesaprès, il tombait lui-même, la cuisse percée d’uneballe. On le rapportait.
Cette retraite laissait à découvert la droite destroupes qui opéraient contre Champigny. Dans l’après-midi, on reforma les mobiles et on ramena la divisionSusbielle à l’attaque.
Ses efforts vinrent expirer au pied des crêtes deVilliers que les Prussiens avaient fortifiées, qu’ils gar-nissaient, et qui donnèrent leur nom à cette premièreaffaire.
Le soleil se couchait. C’était fini pour ce jour-là.
Avant de rentrer à Yincennes, le gouverneur m’en-voya porter un pli à l’aile gauche qui s’était maintenuedans ses positions, et où se trouvait alors Ducrot.
Je fis, en allant et en revenant, deux rencontres biendramatiques. A l’aller, je me croisai avec le général