2'JO JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
je mets ma bouche près de son oreille pour parler,lui sa bouche près de mon oreille pour répondre, etnous sommes obligés, pour nous comprendre, decrier comme si nous étions chacun sur une collineavec une vallée moyenne entre nous deux.
Il a bien vu le général Trochu, mais il l’a perdu.Il doit être sur la gauche de Champigny. Pendantque nous crions ainsi de toutes nos forces dans uneattitude confidentielle, deux obus allemands viennenttomber derrière nous au milieu des troupes entassées.Ni l’un ni l’autre n’éclatent; le contact mou ducorps humain les a empêchés de frapper rudementla terre et de s’enflammer par la percussion. Us ontfait, en tombant sur ces hommes, le bruit exactd'une grosse pierre qui s’enfonce dans la boue : Flac!L’un n’a fait de mal à personne, je ne sais par quelprodige; l’autre a littéralement broyé deux soldats.Leurs camarades s’écartent instinctivement et laissent,dans un vide béant, les deux pauvres diables écra-bouillés, sans forme humaine, aplatis et commerépandus sur la terre froide.
Je veux sortir de Champigny en obliquant sur lagauche. Un lieutenant, dont la compagnie est abritéederrière le mur du dernier jardin, s’approche vive-ment de moi, m’attire à lui et me crie :
— Ne prenez pas par là, mon capitaine! Vous n’au-riez pas fait dix mètres au delà de cette maison,sans que, vous et votre cheval soyez foudroyés surplace.
C’est très joli, et je ne demande pas mieux que de