3)6 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
devoir être le dernier, le général Trochu descenditdu fort et vint au milieu des troupes, afin de lesanimer par sa présence. Il passait entre les différentscorps. Ici, les fantassins, un peu las, un peu dégoûtés ;là, les gardes nationaux, dont quelques bataillonsavaient héroïquement fait leur devoir, mais dont lamajeure partie avaient couronné par une débandadeleurs longues et furieuses demandes de sortie torren-tielle. La ligne interpellait la garde nationale.
— En avant! criait-elle, messieurs de la guerre àoutrance, c’est le moment de vous montrer.
Et les messieurs de la guerre à outrance ne semontraient pas.
En quittant le champ de bataille, à la nuit, et aprèsavoir reconnu qu’il fallait encore abandonner lespositions conquises, les crêtes couronnés et menacéespar les réserves fraîches allemandes, le général, en-touré de ses officiers, suivi d’une escorte, traversait unchamp sur lequel passaient en désordre des gardesnationaux rentrant à Paris.
Tout à coup, une voix cria : « Les uhlans ! lesuhlans! » Plusieurs coups de feu retentirent aussitôt.
— Mais, c’est moi, Trochu!... cria le général en s’a-vançant. Ce fut inutile. La fusillade éclata, nourrie cettefois, et l’état-major eut à supporter presque à boutportant le feu d’une centaine d’hommes avant que ceux-ci fussent revenus de leur erreur et de leur panique.
L’obscurité, heureusement, rendait les coups incer- *tains.
— Nous en sommes quittes à bon marché, dit le gou-