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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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A VERSAILLES.

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et pria qu’on lui montât son dîner. Je suivis donc seulle chancelier dansla salle à mangerdu rez-de-chaussée,où attendaient une douzaine d'officiers et de fonction-naires de la chancellerie, tous en grand uniforme.

Le chancelier, qui occupait le milieu de la table, mefit placer à sa droite.

Je me souviens que la table, fort bien servie d’ail-leurs, et garnie de l’argenterie massive d’un nécessairede campagne, était éclairée par deux bougies seule-ment, enfoncées dans les goulots de deux bouteillesvides. Il n’y avait que ce détail, peut-être calculé, quirappelât le campement.

A peine installé, le chancelier se mit à manger debon appétit, tout en causant, et en buvant de fortesrasades de bière et de champagne alternées dans unegrande timbale d’argent à son chiffre.

Tout le monde causait en français.

A un moment, à ma profonde stupéfaction, M. deBismarck me dit :

— Monsieur d’Hérisson, ce n’est pas la premièrefois que j’ai le plaisir de vous rencontrer.

— C’est vrai, Excellence. Mais je ne pouvais pasme figurer qu’un incident, aussi insignifiant pourvous que remarquable pour moi, avait pu se fixer dansvotre mémoire, où de si grands intérêts, de si vastesdesseins et de si grandioses succès se disputent la place.

— Attendez, continua-t-il; c’était en 1866, à Bade,sur le perron de la maison Mesmer, où demeurait leroi de Prusse. Vous m’avez été présenté par la prin-cesse Menschikoff.