Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
362
JPEG-Download
 

362 JOURNAL ü'UN OFFICIER d’oRDONNANCE.

mes jambes peu faites à l’immobilité bureaucratique.J’y étais à peine depuis quelques minutes, arpentantl’allée du fond, lorsque M. de Bismarck vint me re-joindre etme demanda, avec sa courtoisie habituelle,si, au lieu de tourner comme un écureuil dans cejardin, je ne préférerais pas venir faire avec lui unepromenade en ville.

Je regardai d’abord le chancelier avec une certainestupéfaction, car, en somme, l’armistice n’était pointencore signé, et la promenade du comte de Bismarckavec un officier d’ordonnance du général Trochuprenait une importance politique.

Je me hâtai, d’ailleurs, d’accepter; mais je sollici-tai pourtant la permission d’aller demander au mi-nistre de combien de temps je pouvais disposer. Lechancelier comprit fort bien que c’était là un prétextepoli, que je voulais avertir Jules Favre, et ne pasprendre sur moi de promener dans Versailles un uni-forme français à côté d’un uniforme allemand.

Je mis en deux mots Jules Favre au courant de lasituation.

— Allez-y, me dit-il ; si pénible et si fausse que soitpour vous la situation dans laquelle vous allez voustrouver, il faut l’accepter. Le chancelier a ses rai-sons. Il désire sans doute faire connaître à tout Ver-sailles, par conséquent à l’Europe entière, le pointoù en sont les choses, et qu’il ne considère plus unerupture comme possible.

M. de Bismarck m’attendait en bas, à la porte don-nant sur la rue. Je m’effaçai pour le laisser sortir,