368 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
blaient avoir totalement oublié : Fallait-il faire la paixou continuer la guerre ?
Je les aurais fait rire, si je leur avais parlé deces choses. Depuis longtemps ils pensaient, avec lamajorité des Français, et avec la presque-totalitédes militaires, qu’il fallait se.résigner à la paix.
C’était fini; les négociations militaires étaient ter-minées, la convention d’armistice avait été écrite endeux exemplaires. Jules Favre emporta le doubleécrit par le colonel prussien, afin de le soumettre àl’acceptation définitive de ses collègues. L’autre,celui que j’avais écrit, resta entre les mains desAllemands.
Lorsque le gouvernement eut délibéré à l’Hôtel de"Ville, Jules Favre rapporta la convention signée, danssa serviette, et me chargea de la porter le lendemain,à la première heure, à M. de Bismarck. Je n’ai pasbesoin de dire que, quoique le pli dont j’étais chargéfût cacheté, j’en connaissais le contenu par cœur,mot à mot, puisque ce contenu m’avait été dicté,puisque j’avais assisté à l’enfantement laborieux dechacune des phrases de la convention.
Pendant que je m’en allais tout seul à Versaillesdans le coupé impérial, une idée folle me traversal’esprit, y revint, et s’y installa bientôt avec une dés-espérante obstination. Il s’agissait pour moi d’entre-prendre une petite négociation additionnelle, à mesrisques et périls.
— Que puis-je risquer? me disais-je. Jamais M. deBismarck ne me croira assez d’aplomb pour supposer