376 JOURNAL D UN OFFICIER D ORDONNANCE.
— Vous ne savez pas? J’ai empêché qu’on ne jetâtdans les fossés les canons des remparts. J’ai préservéde l’occupation prussienne plusieurs villes fran-çaises, et enfin j’ai épargné à l'armée de Paris lahonte et le chagrin de livrer ses drapeaux au vain-queur.
Si ce monsieur-lâ n’a pas en mains la preuve de cequ’il avance, il passe et doit passer pour un fou.
Je crois devoir, en terminant ce journal, où j’ainoté consciencieusement et ponctuellement les évé-nements petits et grands auxquels j’ai assisté, quorumpars parva fui, en ces temps que Victor Hugo a sijustement appelés l’Année terrible, — transcrire lestrois dernières lettres quejereçus de Jules Favre.Ellessont destinées à prouver ce que sont les hommes, etce que vaut leur reconnaissance.
Bien souvent, en revenant de Versailles, après cesterribles négociations dont j’étais le seul témoin, aprèsces batailles sans espoir dont j’étais le seul spectateur,le ministre des affaires étrangères m’avait dit :
— Vous êtes destiné à rendre de réels services aupays, et, avant de quitter le ministère, je veux medonner la satisfaction de vous placer dans un postede combat.
Un jour, en route, Jules Favre me rappelait enriant que je venais de le tirer d’un mauvais pas. Aucours de l’entretien, le chancelier lui avait posé unede ces questions militaires assez peu techniques pourêtre familières à peu près à tout le monde. L’éminent