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Tome premier.
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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE DEUXIÈME.

Rhône, dit-il, ont maintes fois franchi les Alpes avant Hannibalet y ont fait passer des forces immenses, afin de combattre lesRomains et de secourir leurs compatriotes dans les plaines duPô... Hannibal montra toujours dans sa conduite une extrêmeprudence; il connaissait la fertilité du pays (i) et les sentimentsde haine qui animaient les populations à l’endroit de Rome ; etdans les passages difficiles, d’ailleurs, il prenait pour guides desmontagnards indigènes qui partageaient sa fortune... »

« J’en parle avec assurance, ajoute-t-il ; je tiens les faits dontil est question de la bouche même de témoins oculaires ; et, en cequi concerne les lieux, je les ai parcourus dans un voyage que ] efis autrefois dans les Alpes afin d’en prendre par moi-même uneconnaissance exacte (2). »

A ce parti pris évident, il faut ajouter une concision extrême,une sobriété voisine de la sécheresse et un silence souvent trèsregrettable sur la plupart des noms de peuples, de villes et de lieux.

Tite-Live, qui écrivait un siècle plus tard, complète heureuse-ment Polybe. Il nomme les peuplades et les tribus traversées,définit leurs limites, raconte une foule d’anecdotes et d’épisodes,donne, en un mot, beaucoup de vie et de mouvement à son récit-Trop peut-être; car on peut lui reprocher, non sans raison, ungrand goût pour le merveilleux, une excessive crédulité, un véri-table chauvinisme romain, et surtout la manie de prêter à sespersonnages des discours à effet. C’est, à coup sûr, une assezmauvaise manière d’écrire l’histoire que de transformer l eShommes d’action en hommes de tribune, de décorer et d'enfl erainsi tous les actes de leur vie et de les faire poser à chaqueinstant, comme des acteurs de drame, devant le public qui finittoujours par se laisser .prendre plus ou moins à leurs déclamations-

« Je n’aime pas, disait Montesquieu, à voir jeter tant de fleurssur les colosses de l’antiquité. »

(1) Appîen (De reb. D'isp., 13) dit même qu’étant encore en Espagne, il aval 1 2envoyé des émissaires chez les Gaulois pour explorer les passages des Alpes.

(E. Desjardins, Gaule Romaine, t. I, c. 1, § I.)

(2) Polyb., III, 48.